Montachard

pampigny

Pampigny / 17 heures

Personne sur les chemins, du givre sur les branches empesées des épicéas et des sapins blancs, j’ai les oreilles qui frisent.

Eux, ils n’ont jamais quitté le village, on les croyait solides; ils y ont tout laissé, leurs forces et quelques rêves. La lumière du jour n’entre pas, une pièce de monnaie roule sous la table. Il n’y a qu’eux, la nuit et des fonds de verre.

Toi, là-bas, tu fais à manger avec les gamines et le jour revient.

Plaines du Loup

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Lausanne-Blécherette | 12 heures

Une porte s’ouvre, on ne me demande rien, je passais. Un restaurant au rez, des bureaux à l’étage distribués autour d’un hall sans fonction apparente, une table ronde et trois fauteuils, des photographies noir et blanc, deux radiateurs, une grande baie vitrée.
Je m’assieds, sans rien attendre; tout pourrait s’arrêter là, aucune raison de m’en aller, aucune de rester. le ciel est gris, les haies noires, la neige est blanche. On voudrait que ça dure – mais qui? et quoi? – et ça dure.
Trois inconnus se hâtent à l’autre bout du tarmac, bruits de moteur. Le Pilatus PC-12 s’envole plein nord, j’en profite pour me retirer avant que la fenêtre ne se ferme.

Derrière le lac

Un homme assis tient
un petit bassin dans sa main droite.
Un chirurgien lui incise le bras gauche.
Le sang qui coule dans les veines
jaillit dans le bassin.
Puis on panse le bras
et le saignement s’arrête.
Une incision peut parfois faire du bien.
La sève irrigue les plantes.
Les plantes croissent, mais ne se déplacent
pas et ne s’essoufflent pas, tandis que
l’homme a constamment besoin de respirer.
Le sang passe par le coeur
qui bat à chaque instant.
Lorsque le coeur s’arrête pour toujours,
l’homme cesse de vivre.

Karl Philipp Moritz (1790)
Traduction Violette Kugler er Marie-Cécile Baland (2003)

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Yverdon | 15 heures

Dans l’ordre des faits et dans celui des raisons, dans l’ordre des discours, des récits, des romans, dans les encyclopédies, les curriculm réel ou apparent, les programmes, les prévisions et les bilans, les statistiques, les refrains et les mea-culpa coexistent à la fois un rêve et un cauchemar.
Rêve que ces ordres vivent longtemps encore, et croissent, et tiennent leurs promesses. Cauchemar que tout ne soit qu’entrelacement de langages soigneusement orchestré, qu’une seule génération, s’il arrivait qu’un jour elle manque à ses devoirs, oblige l’homme à tout recommencer.
Il y a pourtant quelque chose qui ne plie pas, se dérobe même – sans s’abandonner au désordre –, une chose qui résiste aux abécédaires trop sérieux et à laquelle les noms et les verbes, lorsqu’ils tombent comme la pluie, ouvrent la porte.