J’ai rencontré ce matin Sami et Tina

J’ai rencontré ce matin Sami et Tina à la Croix-d’or, à deux pas de l’entrée du chapiteau installé pour l’hiver sur la place d’Armes. Zapata les a engagés pour la prochaine saison, ils travaillent dur.

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On a bu un café, parlé de choses et d’autres ; pas simple de vivre aujourd’hui du cirque, on a bien ri quand même. Il se sont mariés l’été passé, civilement. Faut dire que lui est turc, musulman, plutôt agnostique, mais croyant lorsque les choses vont mal. Elle, elle est française, catholique par ses parents, résolument athée aujourd’hui, mais elle n’hésite pas à prier avant d’entrer en scène. Voilà.
Ah! j’oubliais, ce sont des funambules. Vous aimeriez sans doute beaucoup Sami et Tina.

Il n’est pas rare que des associations

Il n’est pas rare que des associations invitent des intellectuels, des essayistes ou des philosophes à s’adresser à de jeunes enfants sur l’un ou l’autre des aspects essentiels de notre vie : la musique, l’image, le bruit, le temps, l’espace, le nombre… Ces conférences que des éditeurs intelligents mettent parfois sur le marché me sont toujours apparues comme des moments de grâce, ne laissant guère d’ombre et me persuadant la plupart du temps que je suis assez compétent pour être du côté de ceux qui savent, face à des gamins qui ont encore tout à prouver.
Mais en temps normal, quand ces grands hommes s’adressent à leurs pairs, travaillant à l’oeuvre dont se souviendra la postérité, je me retrouve comme les enfants de tout à l’heure, mais sans la sollicitude et la patience qu’ils leur ont témoignées, avec le sentiment d’avoir été trahi par ma suffisance. Me voici précipité dans un profond désarroi, assistant défait au passage de ce quelque chose dont ils sont à coup sûr les détenteurs, qui transite dans une langue et une érudition de si haute tenue qu’ils m’obligent à rester à bonne distance. J’aperçois bien ici ou là quelques lueurs, mais ce sont des lueurs qui passent sans m’éclairer, me convainquant surtout qu’il est trop tard et que je n’y arriverai pas.
Je me console alors en espérant que ces intellectuels, ces essayistes ou ces philosophes prendront un jour la voie du milieu et qu’ils daigneront m’offrir, en s’adressant à l’adolescent que je suis demeuré, le chaînon manquant.

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Si le potlach

Si le potlach, nom donné au principe qui organisait les échanges dans certaines tribus du Nord-Ouest américain et des îles Trobriand –donner, recevoir, rendre–, a pu conduire celles-ci à gaspiller leurs biens jusqu’à l’épuisement et à condamner leurs membres à la faillite, c’est (pour dire vite, un peu trop vite) parce qu’ils avaient à tenir leur rang : les groupes les plus riches se devaient. dit-on, de se montrer les plus follement dépensiers, au risque de disparaître.

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J’imagine un même scénario aujourd’hui tandis que le fossé entre riches et pauvres se creuse toujours davantage. Nous pourrions en effet nous précipiter dans une faillite analogue à celles qui ont frappé ces groupes étudiés par Marcel Maus et ses successeurs, mais à l’envers et en deux temps : en capitalisant leurs biens sans en faire réellement la débauche, les plus riches pourraient se retrouver bien mal pris lorsque les plus pauvres sans lesquels ils ne s’enrichiraient pas n’auront plus les moyens d’acquérir la moindre miette de ce qui leur est proposé sur le marché. La conséquence serait immédiate et la faillite assurée, les riches deviendraient d’un coup aussi pauvres que les plus pauvres.
Pas sûr que je raisonne juste ni même que je sois habilité à m’aventurer en ces domaines ; mais il me semble qu’il y a quelque chose de vrai dans tout ça, quelque chose d’évident, quelque chose de primitif.