Nous parviennent

Nous parviennent malgré les volets clos des maisons vides les échos du monde, des hommes, de ce qui arrive là-bas. Mauvaises nouvelles qu’on préférerait ne pas entendre, scènes de guerre et plateau de misère dont l’éloignement et la répétition contribuent chaque jour à en atténuer les effets sur nos consciences.

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Les plus sourds se plaignent, les bonnes nouvelles ne viennent pas, ou si peu, alors ils plaisantent. Mais leurs rires ne font taire qu’un bref instant les cris et les gémissements, corps mis à nu et à sang, qui arrivent des quatre-coins du monde. Chacun ici habite en son centre au milieu des champs, mais impossible d’écarter les sales rumeurs.
Une brève parfois enchante, un peu de paix s’est installée quelque part, une éclaircie, l’image d’une famille, d’un visage qui revient de nulle part, la violence est allée voir ailleurs, pourvu qu’elle ne les visite pas demain ou après-demain, ils ont besoin de se retaper.
Elle va et vient, emprunte les sous-sols, on la dit à nos portes, pourvu qu’elle ne nous surprenne pas ici. Le bon sens voudrait pourtant que la souffrance née de la violence soit partagée.
Nous avons su la tenir éloignée, il nous faut établir le prix de cette exception, et envisager ce que nous avons désormais le droit d’espérer.

Après l’inondation

Après l’inondation l’amnésie, un peu d’écume et des traces, celles du travail de la lune et de l’oubli ; quelques souvenirs desséchés et des récits convenus, indiquant et verrouillant l’accès à ce qui n’est plus. Comme un tombeau.
Soulever le couvercle ou faire tomber du sac de pharmacie dans une assiette la quantité de tilleul qu’il [faudra] mettre ensuite dans l’eau bouillante, comme si c’était hier et c’était hier, comme si c’était aujourd’hui et c’est aujourd’hui: le capricieux treillage, les fleurs pâles, les tiges, les boules grises, les boutons verts. Le passé se conjugue soudain au présent qui, ensemble, se rabattent sur ce que personne n’avait encore jamais vu.

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