La campagne publicitaire lancée par Luchino Visconti

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La campagne publicitaire lancée par Luchino Visconti en 1971 déploie tous ses effets aujourd’hui, de Venise à Marseille, de Brest à Barcelone, de Paris à Grignan. Mais si le vieux compositeur Gustav von Aschenbach n’a pas pris une ride, le jeune Tadzio a bien vieilli.

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L’oto-rhino l’avait convaincu qu’il était inutile d’entreprendre quoi que ce soit, le bacille de Koch contre lequel certains de ses ancêtres n’avaient pu rivaliser autrefois était à l’origine de sa rhinite chronique et de l’encombrement de ses bronches. La nouvelle le combla, car si elle lui signifiait clairement le mal qui aurait raison bientôt de lui, elle le rapprochait d’un coup de Thomas Mann, d’Hans Castorp et de tous ces grabataires de la première moitié du siècle passé qui ont oeuvré sur les balcons de Davos pour la postérité.

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Jean Prod’hom

Après avoir attelé les mots aux choses

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Après avoir attelé les mots aux choses – et y être parvenu dans une certaine mesure –, l’homme s’étonne du silence des secondes qui lui témoignent, lorsqu’elles daignent le faire, méfiance plutôt que sympathie. Il décide alors de se charger lui-même de l’ensemble des questions qui demeurent sans réponse en faisant bande à part : il légifère, conçoit, calcule, aménage, transforme, construit.

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Certains d’entre les hommes, sages peut-être – en ce sens qu’ils se sont mal départis d’un doute sur la nature de l’attelage –, déposent parfois les livres qui les ont conduits là, écartent les rideaux, ouvrent la fenêtre, repoussent les volets qu’ils ont clos autrefois pour que leur esprit ne s’égare pas au-delà de la chandelle qui vacille sur leurs travaux.
Ils découvrent alors que les alentours qui semblaient se taire parlent d’autres langues sans repousser la leur, et qu’il existe d’autres attelages. Ils tendent l’oreille, les yeux, la main, et tout ce qu’ils ont appris se mêle soudain à ce qui déborde autour d’eux, dans un instant à pente nulle.
Sages pourtant, ils ne perdent pas de vue qu’il ne s’agit là que d’une brève accalmie avant qu’ils ouvrent de nouveaux chantiers, avec le concours d’inévitables ruses, d’habiles leviers et de tout ce qui est susceptible d’offrir un sursis à une aventure qui boîte et qui nous invite à parler au moins deux langues dans notre propre langue.

Jean Prod’hom

Saint-Bonnet-le-Courroux

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Saint-Bonnet-le-Courroux, haute maison aux murs épais, volets clos, soleil d’août ; des verres tintent sous le tilleul. J’emprunte certains des innombrables chemins qui m’ont conduit là, besogneux, à l’intérieur d’une couronne indécise qui circonscrit l’instant où ils se perdent, creusant au passage un espace dans lequel quelque chose se détache, bombe le torse, cherche sa syntaxe, ses différents plans, sa vitesse.

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C’était à Saint-Bonnet-le-Courroux, qui est une île à côté des îles, avec tout autour des collines sans personne, des bouts de chemins qui écument. L’itinéraire que j’ai suivi et qui aurait pu m’éclairer s’est évanoui. Je suis dedans, forclos ; impossible d’en sortir, de faire marche arrière ; le vent a soufflé, les chemins de poussière ont effacé les traces. On devine pourtant que les choses gardent quelque chose du matériau dont elles sont faites et on imagine, rêveur, sur le vieux plan de la place du marché, les annotations qu’ont déposées les passants d’autrefois.
Il est plus facile d’entrer dans la ville que d’en sortir, je le sais d’expérience.

Jean Prod’hom

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