Le Cheylard

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Cher Pierre,
Les hirondelles sont dans la ville, grands signes dans le ciel. Elles considèrent avec curiosité la vie d’en-bas et les lambeaux de neige qui fondent sur les rives de la Dorne. Un merle transporte du matériel de construction ; une corneille, un peu lourde, s’éloigne discrètement, à l’insu des oiseaux qui festoient.

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L’ébéniste-restaurateur de la rue des Sabotiers fait entrer un peu de lumière dans son atelier, avec de la térébenthine et de l’alcool à brûler. C’est un tableautin qu’on emporterait volontiers : une femme et un homme debout dans une barque plate tiennent une canne à pêche, à l’ombre d’un sous-bois éclairci par le bleu tourmenté du ciel et celui, plus clair, d’une rivière.
Les portes de l’église sont ouvertes, la terrasse du Central donne plein sud ; je prends quelques notes, suçote des bonbons à la réglisse, le mal de cou ne m’a pas lâché. Les commerces sont fermés, la fleuriste a laissé dans une jardinière un peu de jaune, et d’orange, du rouge et du rose, et quelques-uns de ces verts qui ont lancé au sud, depuis quelques jours, l’offensive générale.

Jean Prod’hom

Tournon

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Tirer du jour
quelque chose,
quelques chose à quoi l’accrocher.

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« Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée ! », écrit Stéphane Mallarmé perché sur les épaules de Ronsard.
« Comprends pas ! », répond l’enfant aux deux poètes de Tournon.

Jean Prod’hom

Au fond du potager

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Ne pas demander au ruisseau de faire déborder la mer,
ne rien demander à la poésie ;
lui faire son lit.

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(Poèmes de Monsieur)

Au fond du potager les douves d’un vieux tonneau ; dans une coupelle sur le radiateur une rave, chaire rose attendrie, vin cuit de sucre candi.

Le langage est mal taillé, ce qui reste le déborde de partout ; j’aboute quelques mots, ni mie ni galets ; cintre les phrases larges d’une barque creuse, sans quille ni lest.

Entre fleurs et ruines.

Jean Prod’hom