Il faut bien ça pour offrir une réponse à la mort

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Cher Pierre,
J’ai oublié de mentionner hier le billet que Lisbeth Koutchoumoff a consacré à Marges dans Le Temps ; un billet à double détente, dans lequel je me retrouve d’abord dans les marches de la littérature, avec Alexandre Friederich – que je ne connais pas –, Pascal Rebetez et François Beuchat ; seul ensuite dans le Jorat, avec couleurs, lumière, ciel, boue.

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Ramasser une pierre ou retenir quelque chose du jour, c’est du pareil au même, il faut bien ça pour offrir une réponse à la mort.
Sandra, Oscar et les filles descendent chez Marinette faire leur job dominical ; Arthur est sur pied à 9 heures, sans qu’on sache ce à quoi il s’affaire. Je monte au triage, m’étends sur l’herbe sèche et lis à l’abri du vent qui s’est levé la fin de la première partie du Chardonneret : Tom – 13 ans – arrive à Las Vegas avec, dans une seconde valise, emballé dans les feuilles du New York Post, le tableau de Fabritius, 33.5 × 22.8 cm.
Je retrouve T étendu sur son lit, on babille avant que je lui lise La petite fille de la rue du Simplon, la nouvelle d’Alice Rivaz lue samedi matin à Penthalaz. Il m’offre une carte postale de Lascaux que je glisse dans les Sables mouvants de Mankell. Je propose en effet de lui en lire, dès la semaine prochaine, les premiers chapitres. On verra ensuite.

Jean Prod’hom

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De mon commerce avec les chardonnerets

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Cher Pierre,
Le réveil sonne à 5 heures 30, Sandra se lève ; Lili, May et Louise se préparent, elles se rendent à Martigny pour une manche de la Kids Cup. Arthur déjeune à 11 heures.

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De la semaine qui s’est écoulée et de mon commerce avec les chardonnerets, je me réjouis et la conclus : l’obstination semble, une fois encore, la meilleure alliée du miracle. Celui-ci se prépare, ne serait-ce que pour savoir où diriger notre attention et nous trouver là où il aura lieu. Comme s’il se confondait parfois avec la nécessité, et que nous avions à en faire la preuve jusqu’au seuil de son surgissement. Il se passe alors autre chose. Bonheur.
Je sors avec Oscar, on trottine jusqu’au triage : lecture du gros de la première partie du roman de Donna Tartt, dont je ne savais rien, sinon qu’il n’est pas sans rapport avec le tableautin de Fabritius qui reste, après l’explosion d’une partie du Metropolitan Museum of Art, dans un sac à commissions en nylon. J’ai hâte de connaître la suite.

Jean Prod’hom

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Une nuée de chardonnerets

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Cher Pierre,
Lili et Valentine sont prêtes pour la journée de l’élégance, mais Louise ne voit aucune raison de se prêter à ce bal ; on déjeune, Sandra les emmène à Mézières. Je dépose Arthur avec ses skis aux Croisettes plongées dans le brouillard, emprunte l’autoroute, sors au-dessus de Penthalaz, bois une verveine, feuillète le journal et lis, en attendant l’ouverture de la COOP à 8 heures, une nouvelle d’Alice Rivaz : La petite fille de la rue du Simplon, sombre nouvelle nous interrogeant sur les pouvoirs du langage et l’étanchéité des groupes sociaux, sur l’infranchissable fossé qui sépare ceux des rues de ceux des boulevards, la Lulu de Grancy de la riche Anne-Marie du Simplon.

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Le boulevard dont il est question dans cette nouvelle n’est évidemment pas sans rapport avec le village de Grancy, au nord duquel je compte bien aujourd’hui voir enfin des chardonnerets. Ce village abrite en effet un château qui vit naître du beau monde : des Senarclens, des Pourtalès et des Rougemont, en souvenir desquels on baptisa du nom de Grancy le seul boulevard de la ville, l’unique vestige d’un vaste projet de constructions grandioses (Etienne Corbaz-François Vallotton) mis en route, puis abandonné par la Société des boulevards lausannois dans les dernières années du XIXème siècle.
Je me fais à l’idée, en sortant de la COOP, de rater une fois encore mon rendez-vous avec les chardonnerets ; car s’il fait jour, le brouillard est dense. Mais la friche de Grancy est cent mètres plus haut que Penthalaz, si bien que le soleil guigne lorsque j’y parviens ; j’entends quelque part, au milieu de ce vaste espace laissé aux chardons de cinq, six ou sept hectares, d’invisibles présences ; j’y avance et m’y tiens immobile.
Quelques épis oscillent, soudain un bruit… qui vient de loin, de haut ; je lève la tête, plusieurs dizaines d’oiseaux filent à l’orient ; le piètre amateur que je suis ne parvient pas à les identifier ; ils reviennent puis, sans s’être posés, repartent à tire-d’aile ; tant qu’à faire je bifurque à l’est, passe le sommet de la butte.
Et la nuée est là, comptable, juste en-dessous ; une quarantaine ou une cinquantaine de chardonnerets qui babillent et croquent des chardons. Il m’aura donc fallu une semaine et les conseils d’Alain pour arriver à mes fins ; le bonheur est immense, un bonheur qui dure, une grosse heure. Je m’approche de ces petites taches rouges et jaunes qui s’éloignent, j’exécute un grand arc pour avoir le soleil dans le dos, en prenant garde de ne pas les pousser à l’extrémité de la friche et les obliger à l’abandonner ; il suffirait peut-être de ne pas bouger, feindre de m’éloigner pour qu’ils s’approchent. Difficile à vérifier avec le temps dont je dispose.
Je me rends compte que j’ai davantage besoin d’eux qu’eux de moi, ils le savent peut-être ; et l’idée que le gros de leur vie se déroule à l’insu des hommes m’apaise.
Je rentre par Echallens, mes chaussures pleines de terre, où je lis l’article que Danny Schaer a consacré dans l’Echo du Gros de Vaud à Marges ; continue par Villars-Tiercelin et Peney. Je coupe en arrivant quelques fruits, râpe du fromage et réchauffe des pâtes ; Louise et Lili sont ravies de leur matinée. Elles ouvrent un message adressé à toute la famille ; ce sont des voeux pour l’année qui vient. Un second texte les accompagne, avec le nom de Jésus, visiblement corrigé. Lili se penche et l’examine soigneusement ; elle relève enfin la tête en la hochant, songeuse :

Jésus avec du Tipp-Ex, c’est pas très normal !

Jean Prod’hom

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