Après-midi de travail

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Cher Pierre,
Après-midi de travail à la salle des maîtres, sans personne et de la place, dehors il pleut. J’étale toute ma paperasse, en jette une partie, fais des piles du reste ; cela suffit à réduire d’une première moitié le volume de ce que j’ai à faire et mon inquiétude de ne pas venir à bout de la seconde se dissipe. Je boucle mon sac à dos à 16 heures, assez satisfait.

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La bonne humeur règne à la la gare d’Echallens, où je réserve les billets pour Baulmes et Genève, si bien que personne ne s’impatiente au guichet, qu’on plaisante, en nous félicitant que la vie puisse prendre parfois cette allure. Je repars non seulement avec les réservations, mais avec les billets et le sourire.
Je rentre sous la pluie par les Poliez et Villars-Tiercelin. Au Riau, Sandra et Louise se préparent, elles se rendent à Mézières pour la présentation des options spécifiques. Louise est toujours bien décidée à suivre les trace de sa mère.
Petit tour avec Oscar, Lili m’accompagne avec son vélo avant de me fausser compagnie, il s’est mis à grêler et les nuages sont noirs. De savoir que la pluie vient de l’ouest et le froid du nord me soulage, je hâte le pas.
En repensant, ce soir, à ce moment heureux passé avec des inconnus au guichet de la gare d’Echallens, je dois m’avouer que l’extension ou la multiplication de tels moment ne me suffirait pas. Qu’il me faut chaque jour dégager et aménager, dans un espace que je découvre pour la première fois, un passage qui n’existait pas.

Jean Prod’hom

Je ne peux m'empêcher

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Cher Pierre,
Je ne peux m’empêcher de penser que, en affirmant haut et fort qu’ils ne reviendront jamais en arrière, les chefs de service de nos administrations laissent supposer qu’il y aurait un pilote aux commandes de l’engin, parfaitement libre de le faire avancer ou reculer ; alors que de pilote, il n’y en a pas, il n’y en a jamais eu, pas même de frein d’ailleurs. Les choses iront ainsi, grossissants, aussi longtemps qu’un mur n’interrompra pas brutalement la course folle du mastodonte. Fracas, ruines, silence.

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Aussi loin que l’on remonte, il n’y a jamais eu en nos affaires de vraie orientation, malgré les historiens qui nous le laissent supposer, mais une agitation stochastique dans un bocal aux dimensions de notre espèce, une eau qui frémit. Impossible d’en sortir, on n’y est jamais entrés.
Beaucoup de choses ont changé au Riau, bennes pleines de gravats, ossature de bois fixée au pignon, engin de dix-sept tonnes dans le jardin, radiateurs déposés. Inutile donc de remettre en route le chauffage, il va me falloir dès demain refaire un feu dans le poêle.

Jean Prod’hom

On s'est dit – Raul et moi

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Cher Pierre,
On s’est dit – Raul et moi – après la découverte en salle des maîtres d’une imprimante en sale état, que l’état de sainteté a ceci de retors qu’il n’autorise pas de régression ou de coup de mou : le saint est une fin de série qui doit le rester. On s’est dit alors qu’il est préférable, somme tout, de faire partie des vauriens, et parmi eux de ceux qui ont l’élégance de déclarer leurs forfaits, leurs ignorances ou leurs manques, bref de se faire connaître pour ce qu’ils sont. C’est ainsi que le vaurien fait, à son insu, ses premiers pas sur le chemin de la sainteté, mais en son tout début, vraiment, sans jamais laisser supposer qu’ils pourraient devenir un saint ou, pire, qu’ils le sont devenus.

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J’ai hâte de rentrer à la maison et d’évaluer l’avancée des travaux ; la seconde partie des échafaudages est dressée, les lames de bardage du pignon sont en tas dans le jardin, la vieille ferblanterie pliée.
La laine de verre, placée il y a quelque années avec mon homonyme de beau-cousin, réapparait de chaque côté du poinçon, dans les triangles formés par les arbalétriers – parole de charpentier –, les contre-fiches et l’entrait ; le bois semble sain. Quant à la salle de bains, à la dépense et aux petites toilettes, elles ne font plus qu’un, un tas de ruines.
Les démolisseurs ont laissé sur leur passage une fine couche de poussière que l’un deux, solide comme un joueur de rugby, efface délicatement en fin de journée, avec un chiffon humide.

Jean Prod’hom