Praz-Longet

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Praz-Longet : les poules picorent, chacune de leur côté, dans la cour, autour des remises, des dépôts, se hasardent dans l’enclos des moutons. Elles semblent connaître les limites de la propriété au-delà de laquelle elles ne s’aventurent pas, c’est le prix de leur liberté. Les agneaux n’ont pas leur assurance, ils n’ont que quelques jours et appellent leur mère même lorsqu’elle est à deux pas.

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A la Marjolatte, les oies s’aventurent aussi, mais en groupe ; on entend, de derrière les écuries, le chant d’un coq, une voiture qui démarre, un chien puis plus rien : la terre se réveille. Des corneilles jettent une ombre, virent avant de se percher sur les peupliers de l’allée ; un tracteur va et vient à la lisière du bois, herse, émousse, ébouse, étale les taupinières. Et tout recommence, séparé par des silences : le coq, un chien, le pédalier d’un vélo, des feuilles mortes, sans ordre ; invisibles, les moineaux et les mésanges assurent la continuité.
Une échelle est restée dans le verger tout l’hiver, pas besoin de la ranger, on en aura besoin ; demain il y aura aussi un ou deux agneaux de plus dans le parc de Praz-Longet.
Cet instant clos, en bord de route, me rabiboche avec ce lundi qui a bien mal commencé ; il me fait oublier ce que la suffisance de ceux qui battent l’air, nourris de certitudes, nous font endurer.

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Je ramasse Arthur à l’arrêt de bus, il est 4 heures et demie ; j’emmène Oscar faire un tour, à la laisse, il n’en mène pas large, les chevreuils aboient de tous les côtés ; j’en aperçois un sur l’autre rive du ruisseau. On le croisera plus tard, un bref instant.
Au Riau, même poussée, des moineaux et des mésanges, les ruisseaux qui vont à visage découvert, chatons, samares mêlés à la boue et aux herbes sèches, l’eau stagnante dans les fossés que bordent des ombellifères creuses, sans ombelles, des pourpiers qui s’y abreuvent. Dernières échappées que les balsamines, les orties, les épilobes et les ronces vont bientôt combler.
Les bois se réveillent ; à plus de cent mètres de la maison, Fleur nous regarde passer, elle a, à l’évidence, plusieurs chez elles.

Jean Prod’hom

Corcelles-le-Jorat | 22 mars 2015

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Cher Pierre,
Que cette correspondance semi-fictive prenne ce tour imprévu me réjouit. Vous avez accepté que vos mots trouvent leur place ici, vous, l’ennemi juré, depuis toujours de la propriété privée, votre réponse tombant sous le coup de cette hostilité de principe.
Je ferai de cette liberté que vous m’accordez un usage modéré, celui qui sied à l’impossible repos, à l’impossible paix qui nous viennent parfois d’avoir assez désespéré de l’homme.

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Je me hâte de dresser le tableau des opérations de la semaine prochaine à la mine, puis feuillète le Carnet de notes 2014 qui m’est parvenu hier. Suis les traces de la boîte en carton fort qui renferme l’Abrégé du monde que j’ai relu en début d’après-midi. Je pressens que l’établissement du décalage de la reverdie entre ici et là-bas ne sera pas aisé à lever.
Reprends les Chroniques de l’Occident nomade. Elles constituent une tentative désespérée contre l’oubli, contre la laideur, contre la banalité. Mais elles contiennent aussi une réflexion sur la possibilité de s’éloigner de soi sans devenir fou (VI) et sur les limites et l’oubli de soi (VII). Je retrouve Paul (IX) et fais la connaissances de Tito (XVIII), je croise des gens qui ne se recroiseront plus (XI), des villes, Trieste (XII). Il y a aussi les malentendus, les rues (XVI), il y a un dimanche à Odessa (XIV), des illuminations, les brèves et celles qui durent un peu (XIII). Il y a aussi ce romantisme du voyage qui guette et que l’écriture métamorphose.
Mais il est bientôt 18 heures, temps de descendre à la cuisine et faire à manger.

Jean Prod’hom

Gif | 21 mars 2015

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Cher Jean,
C’est dès janvier que les cinq premières jonquilles ont fleuri. Elles sont plusieurs dizaines, désormais, dans leur gloire et, partout, prunus, pruniers, pommiers du Japon mettent des fleurs. Plusieurs marronniers ont déplissé leurs gros bourgeons. C’est toujours la première fois.
La grande banlieue était sous la grisaille et on n’a rien vu de l’éclipse.
En pj, les notes de l’année 2014. Vous pourrez vérifier le décalage de la reverdie entre le Jorat et la région parisienne.
Bonne soirée. Amitiés.

Pierre

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