Gif | 7 février 2015

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Cher Collègue,
Bien reçu vos notes, dont je vous remercie. Heureux d’y retrouver les soucis d’un enseignant, d’un père soucieux, d’un citoyen du monde, fût-il de nationalité helvétique puisqu’il existe encore des nations, d’un homme que la vie des bêtes, des arbres, des pierres, du ciel ne laissent pas indifférent. J’ai, moi aussi, des démêlés avec les taupes. On se sent un peu seul, parfois, face aux difficultés du métier, de la vie, à l’ingratitude du genre humain ( la serveuse du terminal de paiement, les mangeurs de priorité, etc.) et on constate que non, que d’autres ne s’en accommodent pas non plus, se donnent de la peine pour y remédier, persévèrent dans l’effort, la volonté bonne, la fidélité à soi.
Un écho vivifiant en provenance de votre pays de neige. Les photographies ajoutent encore à l’effet de réel. On voit.
Merci d’avoir eu la pensée de m’adresser cette prose des jours dans vos montagnes.
Cordiales pensées.

Pierre Bergounioux

Les Marges

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Cher Pierre,
Une bonne nouvelle d’abord, la première édition de « Tessons » est épuisée, la seconde est dans les bacs; les « vraies » pierres sont dans le vestibule au Musée Romain de Lausanne-Vidy jusqu’en avril; avant de rejoindre, avec des photographies, Grignan et la galerie « Terres d’écritures » que fait vivre Christine Macé. 

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Il y a quelque temps déjà, Claude Pahud m’a proposé de réunir certains textes écrits entre 2008 et 2014 sur ce site. Pour en faire un livre. Il est fait, avec une belle postface de François Bon.
Il y est question d’école, du gros Georges, de rivières, du Jorat, des saisons, du Riau, de quelques élèves. Mais aussi de ce qui nous rend meilleurs, de ce qui nous rend pires, de ce qui nous fait tenir debout, des livres, du Rôtillon, mais aussi du ciel et de la Broye, de la bêtise, de la pluie, de la salle des maîtres, d’André Dhôtel, de l’art du porte-à-faux, d’Edith et de Michel, de balades, de Naples. De l’imprévu. Il y a même des photographies.
Vous le savez, les petites éditions n’ont pas la vie facile, et les facéties de l’euro et du franc ne les aident pas. Claude Pahud a souhaité prendre quelques précautions avant de s’engager dans l’impression de ce livre. 
Il y  a une quinzaine de jour, il a proposé une espèce de souscription. On peut penser que l’objectif sera atteint bientôt. Voici le lien qui permet à qui le veut de manifester sa confiance : Edition de « Les Marges », de Jean Prod’hom – Ulule (http://fr.ulule.com/les-marges/).
Si le coeur vous en dit, n’hésitez pas à rejoindre le rang des soutiens de la première heure. Bien à vous.

Jean

PS
Si vous pensez que ce livre vaut la peine de voir le jour, n’hésitez pas à encourager vos amis. Faites voir cette lettre.

Réunion syndicale

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Cher Pierre,
On courbe l’échine de Corcelles à Peney. Pierrot et Jean-Jacques font ce qu’ils peuvent pour contenir la neige ramenée sans cesse par la bise sur les routes communales. Ils se lèvent avant l’aube; on aperçoit loin dans la nuit les phares de l’attelage, le bruit du moteur qui grossit, la lame blanche qui écarte les congères ; je fais un signe, Pierrot ou Jean-Jacques, lui seul le sait.

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Non, j’ai appris qu’un homme au coeur plein d’angles avait barré l’accès de sa cour libre de neige, interdisant ainsi aux conducteurs qui auraient souhaité rebrousser chemin de manoeuvrer sur ses terres. La bise, par bonheur, a renversé son dispositif. S’il y a beaucoup de Charlies, il y a aussi quelques Charlots qu’il est préférable de garder à distance. Je m’inquiète et ris jaune : il y a tant de caméras sur les façades des maisons.
Réunion syndicale en fin de journée : les conditions de vie de certains enseignants sont devenues tout à fait impossibles, des conditions dues en partie à l’intégration, dans les groupes, d’enfants difficiles, très difficiles, voire impossibles. Les aides sont insuffisantes. Notre établissement n’y coupe pas. J’imagine les années qui viennent, il n’y a pas besoin d’être voyant pour se faire du mauvais sang.
L’être, voyant, conduirait à ne voir que du noir, ne percevoir que des craintes et des tremblements, chacun s’essayant à sauver sa peau et à réparer héroïquement l’irréparable, alors qu’il conviendrait de tout recommencer depuis le commencement, là où nous sommes, avec ceux qui sont là, en désobéissant, en inventant, avec élégance, discrètement.

Jean Prod’hom