Pensée qui remonte à chaque pas

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Lever le couvercle. Découvrir sous la dalle de granite les innombrables galeries que la vermine a creusées et que l’air libre comble. L’homme s’active au-dessus, creuse les siennes à ciel ouvert, n’hésite guère, varie les vitesses, se décale, cherche à rejoindre celui qui le précède, prend de l’avance ou du retard, se perd, traîne boulets et projets. Certains relèvent une carte, d’autres font des listes. Panique chez les corneilles. Leur cri à la cime de l’hêtre est un cri de détresse.

Je leur tends une grappe de raisins sur une assiette. Elles retiennent leur souffle un instant, plongent et s’envolent la bouche pleine, il suffit que nous levions les yeux vers le ciel pour baisser les armes.

Pensée qui remonte à chaque pas.

Jean Prod’hom

Tu me fais comprendre

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Il vient du bout de l’allée, s’assoit en face de moi. Aucune indication sur son visage sinon les soucis de la veille et la fatigue du jour. Un visage sans prise, sans carte, un visage aussi nouveau que celui d’un nouveau-né.

Pourtant, quelques mots sur le temps suffisent, une voix, un grain. Une dérobade, un sourire, sa main et, d’un coup, tout se met en place, pour toujours. Ce que j’entendrai lorsque il ne sera plus là, ce dont il se souviendra lorsque j’aurai disparu. Ce que nous laisserons tous deux à ceux qui resteront, des simulacres, des petites perceptions qui flotteront autour d’eux comme l’ivraie dans le vent.

Tu me fais comprendre. Et je comprends.

Jean Prod’hom