Dimanche 22 janvier 2012

Ramené cette après-midi une impuissance sans fin, avec des grimaces derrière le front. Perdues de vue les alliances, le couvert et les Censières, le goulot de la fontaine, les bêtes du bois Vuacoz; décapitée la borne au carrefour, disjoints les esses de la Corbassière.

A vouloir quand même extraire de ce gâchis une consolation, je me suis mis sens dessus-dessous et le reste en lambeaux, j’ai pataugé dans le bois mort, le bois mouillé, le froid. Rien ramené, seulement ramé dans les ornières, pesté contre la boue et l’inhospitalité des bois. Pire, me suis mis à jalouser les corneilles, à envier la neige fondante, à me faire l’allié des résineux et des courbes courbes.
Pas beau, balade de forçat, appuyé sur un forceps et accroché à l’idée que ça passera. Il faudra la nuit pour me remettre debout et recoller les morceaux, des béquilles aujourd’hui pour avoir bonne façon.

Jean Prod’hom

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… mais peut-être aussi – et seulement ceci – l’assurance que les choses se sont bien passées ainsi, sans savoir exactement ni comment ni pourquoi, avec la certitude cependant qu’il ne pouvait en aller autrement, à la place près : toi à la mienne et moi à la tienne, ou qu’importe, tout autrement, mais avec l’espérance immobile que rien ne viendra interrompre la poussée du silence, pas même la mort.

Jean Prod’hom