Il y a les semaines sans powerpoint

Il y a les semaines sans powerpoint
les saltimbanques
leur insouciance feinte
il y a la grammaire lorsqu’elle se montre dans son modeste appareil
le battant des cloches
les choses reléguées à la périphérie
les passes
les laisses
ce qui ne nous retient pas

Jean Prod’hom

Dimanche 6 novembre 2011

Pour Christine Jeanney

Le vide s’associe au calcaire pour offrir parfois à celui qui n’en demandait pas tant des corps de pierre gorgés d’eau. Pas touche, ou avec les lèvres au creux de ton bras. Vase égaré qui ne sert plus, mis au ban de ce qui passe et chute, tenant enclos ce quelque chose qu’on aperçoit dans les yeux du captif, persistant lorsque la partie est perdue. On ne l’imaginait même pas. Rien en lui, pas plus hors de lui, l’impair solaire qui brille et manque de rien. S’il est amputé, ce n’est pas tant de ce qu’il retenait dans son ventre, mais des mains sur ses flancs. Le jour creuse les reins, on ferme les portes, sens-tu ton corps qui s’ourle et roule dans la nuit.


Vase funéraire, haut d’une trentaine de centimètres, égyptien, Ve ou VIe dynastie, sous-sol du MUDAC, cote Ber0457 de la collection Berger. Vide.

Le vase tient l’avenir entre ses mains comme les pivoines et, tandis que le vent dépose ses grains de braise sur le sable, il reste en arrière, intouchable, tenu par rien, vieilli dès le premier jour, sans jamais avoir à songer revenir en arrière. Il médite sous cloche, la durée finira le travail entrepris jadis, lento, lento, ça bouge à peine, mais la pierre fond, coule, fait tenir ensemble l’interminable disparition de ce qui était et sera avant et après nous.

Jean Prod’hom

XCIX

L’été se prolonge une fois encore, Patricia et Jean-Rémy se promènent sur la route qui mène au cimetière, affairés à polir leur amitié naissante. Chacun parle à son tour, il lui fait part de ses sottes convictions, elle lui raconte ses assurances morbides, mais l’enflure de leur moi les rend sourds une fois encore. La vérité et la mort ont bel et bien un mur mitoyen.

Jean Prod’hom