L’embellie | Kouki Rossi

la jeunesse va emporte
ses promesses
nous laisse
œuvrant
aveugles
où nous rêvions de joie
 
il y a le pot chinois
rutilant sur la table
le fruit du mur muet
où vont frayer les âmes
il y a l’aube appliquée
à couvrir le rocher
de vieux ors
ceux des peintres
les théâtres grandioses
où promener nos corps
vaillants
un peu nerveux
par besoin d’importance
 
puis il y a ceux-là
qui trouvent le courage
l’amour fou inventer
même si
rien jamais
ne vient taire le manque
ils rendent au jour neuf
l’éclaircie
de sa grâce

Kouki Rossi

écrit par Kouki Rossi qui m’accueille chez elle sur son site Koukistories dans le cadre du projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Et d’autres vases communicants ce mois.
 Nicolas Bleusher et Christopher Selac
 Martine Sonnet et Urbain trop urbain
 Anita Navarrete-Berbel et Brigitte Célérier
 Céline Renoux et Christophe Sanchez
 Franck Thomas et Guillaume Vissac
 Cécile Portier et Pierre Ménard
 Franck Queyraud et Loran Bart
 Anne Savelli et François Bon
 Carine Perals-Pujol et Joachim – Séné
 Isabelle Parriente-Berbel et Louise Imagine
 Maryse Hache et Laurence Skivée
 Chez Jeanne et Xavier Fisselier le roi des éditeurs et Nicolas Ancion
 Michel Brosseau et Jacques Bon
 Christine Jeanney et Christophe Grossi
 Caroline Gérard et Juliette Mezenc
 Ghislaine Balland et Dominique Hasselmann
 Piero Cohen-Hadria et Conte de Suzanne
 Kouki Rossi et Jean Prod’hom

Dimanche 29 mai 2011

On a failli l’écraser ce matin dans une longe courbe entre Mézières et Corcelles, où il est soudain apparu, caché jusque-là par les herbes hautes et les rames de colza. On roulait au pas, c’était un homme que personne n’avait vu encore dans le coin, il semblait traqué, pieds nus et torse tatoué, pressé, les traits tirés, inquiet d’avance de ne pas trouver là de quoi s’arrêter, incapable de mettre à respectable distance l’enfer vers lequel il se hâte. On ne le reverra plus.
Est-il seulement possible aujourd’hui de vivre vagabond, de rien et à découvert? Les chemins vicinaux trop coûteux à exploiter disparaissent, l’inconnu est d’entrée le malvenu, les inspecteurs du travail ont mis le holà aux coups de main des employeurs de fortune, les églises ferment leurs portes avant la tombée de la nuit, on cadenasse les refuges. Les vagabonds sont condamnés à accélérer leur marche, plus nus que jamais, répondre d’une misère dont beaucoup réussissaient autrefois à tirer parti. Il ne fait pas bon être vagabond aujourd’hui, les chiens errants ont une vie bien meilleure.


Ce soir la nuit monte des corps du bois, en continu, souffle sur les longues herbes inclinées de l’étang, le vert et le bleu sombrent, le renard revient sur ses pas avant de s’enfuir, j’ai beau me croire chez moi, il se sait chez lui. L’obscurité lisse les jointures des choses, ça tient ensemble, la terre et le bois, le ciel et mes doigts.

Jean Prod’hom

Il y a les zones piétonnes

Il y a les zones piétonnes
la voix de Jean Starobinski
les panneaux de fin de limitation de vitesse
il y a les moraines
les secrets de la main gauche des droitiers
les enfants qui dorment dans les bras de leur mère
il y a l’obscurité du fond de l’océan
les vieux atlas
la vaine résistance des bories

Jean Prod’hom