Jane Sautière | Mort d’un cheval dans les bras de sa mère

Il me reste le regard de l’animal. Comme chaque fois que mon oeil croise celui d’une autre espèce, cette sorte d’incrédulité heureuse, ce chavirement, cette incertitude sur tout, cette reconnaissance, ce plus profond des âges.

La lecture du livre de Jane Sautière ce matin m’aura fait voir, une fois encore, comment j’ai été toute ma vie en dessous de moi-même dans mes rapports avec les bêtes, avec celles qui vivent aujourd’hui avec nous et dont nous avons, ma femme, mes enfants et moi la responsabilité : trois poules, deux chats et un chien. Cette lecture m’aura convaincu qu’il est préférable de rester en dessous de soi-même en ce domaine, histoire de ne pas perdre de vue qu’elles sont restées fidèles, elles, chacune à sa manière, à ce quelque chose dont il a fallu nous défaire pour survivre. Quant aux bêtes et à cause de cela, elles me font voir chaque jour, sans y toucher, sans rien me dire et parfois en me tournant le dos, que j’ai bien plus besoin d’elles qu’elles de moi, élargissant un monde qui, sans elles, se réduirait à une prison.