A Bertrand Russell

« Les 807 » est le brin que tu as choisi pour réunir les 807 brins de ton entreprise. C’est dire qu’elle va échouer. Fais tes comptes Garot. Tu ne t’es pas arrêté à temps, tu as péché par arrogance, tu ne connais pas le monde, tu auras beau reprendre le décompte. Mais où en étais-tu Nemrod ? Impossible de te le rappeler. Tu vas donc repartir du premier. Parvenu à 808, désespéré, tu t’arrêteras. La pelouse est vaste encore : 809, 810, 811…

Jean Prod’hom
14 novembre 2009

Exogamie

On précipitait
dans les gouffres
du sud de l’île
la femme turbulente
la soeur pleine de dédain
comprenez
on supportait mal
la promiscuité

on précipitait
les mères affligées
qui faisaient tousser
le commerce prospère
de la guerre

on précipitait
les hommes mûrs
ceux des groupes alliés
lorsqu’ils refusaient
pour le prix d’une flèche
de céder
l’une ou l’autre de leurs soeurs

dans la vallée des alliances
malgré des vagues d’aigreur
on avait sacrifié
mis en pièces
l’unique communauté

on tient pour certain
ce sujet obscur

on organisait
au printemps
sur le rivage
une combinaison d’échanges
à cycles longs
à cycles courts
bilatéraux et croisés

les mésanges sur les joncs
les roseaux dans la prairie
l’eau blanchâtre sur les flanc de la colline
les joncs et les roseaux
la prairie sillonnée par l’eau blanchâtre
l’autre côté de la colline avec les mésanges

c’était l’occasion
de prolonger
les belles journées
d’améliorer
le réseau des canaux
dans lesquels s’écoulait la sueur

les femmes étaient éconduites
dans des barques
silencieuses

tout autour
les eaux libres
et des terre-pleins secondaires

le crépuscule
avait la forme
du labeur

Jean Prod’hom

Dimanche 16 mai 2010

Ce matin le soleil a jeté un paquet de lumière par l’étroit châssis à tabatière des combles dont il a fait fuir, le temps d’un éclair, l’obscurité crue. Puis plus rien. Je veux pourtant, idiot que je suis, me souvenir un peu de cet éclair pour le maintenir brûlant, faire flamber la vieille charpente et éclairer notre dimanche.
Nous sommes à la mi-mai, dehors le jaune du colza et celui orangé des pissenlits étoilent le vert des prés lourds. Le printemps n’a pas tenu ses promesses et ne laisse filer entre ses doigts que des couleurs passées, un peu de rose. celui du liseron au bord du chemin et les fleurs détrempées des Boscop dans le verger du Chauderonnet, les hautes herbes pâles près des haies, les nuages sans forme qui ne désemplissent pas le ciel. A quoi bon s’apitoyer, on patiente en haut de la Mussily main dans la main.
Plus tard dans l’après-midi une flambée de soleil réveillera les abeilles sur le qui vive depuis le début de la semaine, quelques promeneurs souriants et les cris des enfants auront raison de notre humeur. Mais dans le poêle le feu veillera jusqu’au soir.

Jean Prod’hom