Patrimoine immatériel mondial

Nous avons appris que la Fête des Vignerons de Vevey venait d’obtenir son inscription sur la liste du Patrimoine immatériel mondial de l’UNESCO et que d’autres traditions vivantes suisses aspiraient à cette même reconnaissance. Le repas gastronomique à la française, avec ses rituels et sa présentation, lui aussi, a rempli les conditions. Ils ont rejoint tous deux la culture de la bière en Belgique et la rumba à Cuba. Ce sera bientôt au tour, on l’espère, de la dentelle au point d’Alençon.

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Mais nous voudrions avant d’aller plus loin, ne serait-ce que pour laisser un peu de place à la mécanique horlogère, à la saison d’alpage et au yodel, que l’effroi que chacun peu lire sur le visage des victimes innocentes des guerres soit rayé à tout jamais du Patrimoine immatériel mondial de l’UNESCO.
On en garderait quelques images pour rappeler les horreurs auxquelles on a échappé : c’était des rivages de la mort, vers lesquels ils allaient retourner, qu’ils venaient un instant parmi nous, incompréhensibles pour nous, nous remplissant de tendresse, d’effroi, et d’un sentiment de mystère, comme ces morts que nous évoquons, qui nous apparaissent une seconde, que nous n’osons pas interroger et qui, du reste, pourraient tout au plus nous répondre : « Vous ne pourriez pas vous figurer. » 

François le Champi

Vouloir donner une voix au narrateur de la Recherche, à fortiori au père, à la mère, à Swann et aux 2500 êtres qui la peuplent, c’est risquer le fiasco. Le temps retrouvé est en effet sans rapport avec le souvenir, ses mises en scène et ses vraisemblances ; il n’est qu’un peu de temps à l’état pur, réel sans être actuel, hors du temps.

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Si quelqu’un insistait pourtant, et souhaitait envers et contre tout donner à la Recherche cette voix qui lui manque, Combray par exemple, il faudrait qu’il lui prête au commencement la voix de l’enfant plutôt que celle de celui qui l’a faite sienne.

… si je reprends, même par la pensée, dans la bibliothèque, François le Champi, immédiatement en moi un enfant se lève qui prend ma place, qui seul a le droit de lire ce titre : François le Champi, et qui le lit comme il le lut alors, avec la même impression du temps qu’il faisait dans le jardin, les mêmes rêves qu’il formait alors sur les pays et sur la vie, la même angoisse du lendemain.  

Et si notre homme demeure sourd, il comprendra à la fin qu’il s’est interdit en agissant de la sorte tout accès au passé ; qu’il a perdu, tout perdu et pour toujours.

Et si j’avais encore le François le Champi que maman sortit un soir du paquet de livres que ma grand’mère devait me donner pour ma fête, je ne le regarderais jamais ; j’aurais trop peur d’y insérer peu à peu de mes impressions d’aujourd’hui couvrant complètement celles d’autrefois, j’aurais trop peur de le voir devenir à ce point une chose du présent que, quand je lui demanderais de susciter une fois encore l’enfant qui déchiffra son titre dans la petite chambre de Combray, l’enfant, ne reconnaissant pas son accent, ne répondît plus à son appel et restât pour toujours enterré dans l’oubli.

Des morts chaque jour

Des morts chaque jour, ici dans le Jorat, là-bas dans le Jura, toujours plus nombreux à mesure que l’on s’éloigne du cercle restreint des siens et de ses amis, c’est dans l’ordre des choses. Mais qu’il existe des hommes ou des groupes d’hommes qui, pour quelque motif que ce soit, répandent la mort parmi ceux qui ne la demandent pas, dans des souffrances innommables et l’abandon de tous, là réside le véritable scandale.
Il en est un second enveloppé dans le premier, gorgé de poison et au-delà de tout pardon, c’est celui par lequel non seulement des hommes se sont donné le droit d’enlever la vie à des innocents, mais encore de leur retirer, avec leur vie, la possibilité même de mourir un jour vivants.

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