Mille cinq cent quarante-trois points-vigules

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Cher Pierre,
Arthur est rentré discrètement ce matin, à un peu plus de huit heures ; on ne le reverra pas avant midi. Sandra, qui s’est réveillée un peu plus tard, s’est remise à la rédaction du second tome de son manuel de physique, les filles font leur cuisine au salon, j’avance dans la lecture de la dernière partie du Chardonneret.

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Je fête aussi mon premier succès de l’année 2016 : la publication des 2500 fichiers des marges.net – avec les modifications dues au passage de l’an – s’est faite sans accroc ; j’en ai même profité pour ajouter deux catégories : Laisses et Amadou. Pour le reste, difficile de savoir ce qui m’a occupé, hormis l’examen quantitatif des signes qui ponctuent les 365 billets (178’509 mots) publiés sur ce site en 2015 :

AU BILAN

Points à la ligne : 5342
Points : 3602
Virgules : 13689

Points-virgules : 1543
Deux-points : 671

Points d’interrogation : 157
Points d’exclamation : 93
Points de suspension : 99

Ces résultats m’encouragent à reconduire la résolution prise fin 2014, visant à réhabiliter l’utilisation du point-virgule, à en explorer et en exploiter les pouvoirs.
Grand tour au milieu de l’après-midi avec Sandra et Oscar, par la Musslly, le chemin aux copeaux, la route de Froideville. On fait peu de bruit, Oscar trottine à l’avant ; il pleut un crachin dont le brouillard floute l’origine, on revient par le triage. Je fais quelques parties d’Uno au retour avec les filles.
Sandra prépare des pizzas, je fais cuire à feu doux une courge, trois tomates, une pomme et un gros bouquet de persil. On a avancé l’heure du repas pour allonger la soirée. A 18 heures 30, Louise et Arthur chargent la machine à laver la vaisselle, le nouvel an est derrière nous, on peut voir venir.

Jean Prod’hom

Un timbre-poste aux couleurs des saisons

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Cher Pierre,
L’inventaire de ce que j’ai gardé et de ce que j’ai abandonné tout au long de l’année tient sur un timbre-poste aux couleurs des saisons. Que me reste-t-il donc de l’avenir ?

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Hier soir, la mise au net des billets des jours précédents m’a conduit bien au-delà de minuit, si bien que je me réveille tard, trop tard, la journée sera courte.
Tant qu’à faire, je me jette à l’eau et tente d’obtenir, sur le site des CFF, un billet aller et retour pour Paris. Au moment même où je clique pour exécuter le paiement, mon navigateur me déconnecte. Arthur puis Sandra me donnent un coup de main, sans succès. Bilan, deux heures à l’eau, ce sera une journée sans, une journée peau-de-chagrin.
On quitte le Riau à trois heures, sans Arthur qui réveillonne avec des amis dans un refuge du Jorat. Je renonce à la dernière minute au cinéma, au Prophète, le film que Françoise, Valentine, Sandra et les filles se sont proposé de voir au Rex de Vevey, pour m’installer sur la terrasse de l’hôtel de Genève. J’y bois un thé, la nuit tombe, il pleut ; un Parisien de passage et deux Veveysannes babillent à la table d’à côté, reviennent sur les tueries de novembre. C’est un travail que de se mettre d’accord, chercher et trouver des équivalences ; élaguer ses références, en bricoler de nouvelles ; composer avec ses ignorances, omettre ce qui pourrait fâcher, déplacer ou réorienter la discussion : les salafistes, le wahhabisme l’ex-Yougoslavie, la déchéance de nationalité, les frontaliers, le prix de la vignette autoroutière, celui du café et des assurances, celui des loyers. Le Parisien et les deux Veveysannes y parviennent, se réjouissent à la fin, d’une seule voix, de la fête qui se prépare sur la Grande Place. Chacun voudrait tant préserver ce qu’il a honnêtement acquis. Bien loin de ce brouhaha, dans leurs palais ou leurs cartons, les plus riches et les plus pauvres gardent le silence.
Françoise, Edouard et Valentine ont préparé un repas de rois, on mange jusqu’à près de minuit, avant de rejoindre sur le quai Maria-Belgia la foule des curieux. Les cloches sonnent, on se souhaite une bonne année. Deux gros bateaux croisent au large de la ville ; appuyés au bastingage, les invités lèvent la tête en direction des feux multicolores et bruyants qu’un artificier tire depuis l’embarcadère, en direction de ce quelque chose qui nous file entre les doigts.
Sandra conduit pour le retour, les filles s’endorment dans la voiture. A deux heures tout le monde est au lit, Arthur excepté.

Jean Prod’hom