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Jean Prod’hom

Tandis que les enfants descendent une dernière fois à la piscine, je lis la notice consacrée à Zao Wou-Ki sur le site de la fondation Pierre Gianadda. M’étonne de son indigence. A y regarder de près, et un peu honnêtement, j’entrevois la difficulté de dire quoi que ce soit d’un peu décisif sur n’importe quoi. Ou de l’entendre.

Je descends à pied jusqu’aux Granges-sur-Salvan, anciens mayens que traverse une étroite ruelle à l’extrémité de laquelle se dresse La Ruche. Une maison de trois étages, un peu à l’écart, construite dans la première moitié du XXème siècle. C’est là que nous allons, avec des amis, passer les relâches prochains. L’accès n’est pas simple et la route si étroite que deux véhicules ne peuvent se croiser qu’en de rares endroits. La maison se niche dans une dépression au pied des gorges du Dailley où coule la Salanfe, celle qui prend sa source au pied des Dents du Midi et qui finit Pissevache à Vernayaz. L’absence de neige nous aurait permis d’atteindre aujourd’hui le col de Matze au-dessus de Van-d’en-Bas, mais les enfants ne voient pas la chose ainsi ; comme ils ne sortent pas de la voiture, c’est moi qui y monte. On franchit la vallée du Trient, qui coule à plus de cent huitante mètres sous le nouveau Pont du Gueuroz, puis la Dranse sur le vieux pont en bois couvert de la Bâtiaz.
J’aurais volontiers emporté de chez Gianadda une peinture à l’huile, sans titre, d’un mètre quarante-six sur un mètre quatorze, une peinture à l’huile qui, contrairement à beaucoup d’autres, a fini de sécher ; elle a en outre le mérite de faire voir à mesure qu’on s’en éloigne, toujours plus précisément, ce qu’on avait sous les yeux.
Jean Prod’hom



C’est le bourdonnement du moteur électrique et le frottement du câble sur les vingt-deux roulettes du premier pylône de la télécabine de la Creusaz qui me réveillent, il est huit heures. Transport de marchandises peut-être, le bruit s’interrompt, je me rendors.

Ce sera Ovronnaz, de l’autre côté du Rhône, quelques installations fonctionnent et les pistes ne sont pas trop exposées. Mais depuis hier, quelque chose a changé pour ceux d’en-bas, on s’en rend compte à Salvan : le brouillard double le Rhône en amont de Saint-Maurice, et c’est le Chablais qui a la tête au soleil. On devine pourtant que le bouchon ne va pas résister et que les choses, comme souvent, vont s’inverser au cours de la journée. On quitte l’autoroute à Riddes, le brouillard à Leytron. Pour ceux d’en-haut, les beaux jours continuent.
Trois heures de ski : Sandra accompagne Louise qui débute avec un snowboard, j’emmène de mon côté Lili et Arthur, ils me laissent si peu de répit que je ne peux bientôt qu’espérer les suivre ; je termine mon après-midi dans un café, pensif, devant une verveine et le journal du jour.
On laisse la neige pour les bains, des bains chauds bourrés de monde. Ça fait pourtant du bien, je suis le plus vieux et le plus à plaindre, je le sens davantage chaque hiver. Il fait nuit lorsqu’on en sort. Arthur trouve une bonne adresse à Martigny, le Bistrot des Italiens où l’on mange une pizza. Nous sommes à huit heures trente à l’hôtel.
Les enfants, qui ne sont guère habitués à la télévision, la regardent dans leur chambre jusqu’à point d’heure, Sandra s’endort tandis que je termine l’avant-dernière partie du Chardonneret.
Jean Prod’hom
