août 2016

Sans faire de vague

Capture d’écran 2016-08-28 à 14.02.47

Cher Pierre,
Les jours décroissent, on ne les retient pas, c’est déjà l’automne, bientôt l’hiver. Je me retourne parfois sur ce qu’il m'a fallu laisser autrefois et dont il faudra que je me sépare, bientôt, une seconde fois...
Les deux vieux mènent une vie discrète au cinquième étage d’un immeuble cossu du centre-ville; sans faire de vague mais avec un secret, un privilège dont ils se réjouissent depuis toujours et qu’ils ne lâcheraient pour rien au monde: le lac.
Autrefois, le dimanche, la maîtresse de maison ouvrait les deux battants de la porte-fenêtre de la salle à manger et invitait ses hôtes, moins chanceux, à suivre monsieur sur le balcon; elle désignait alors d’un geste ample la merveille dans son écrin. Personne n’y croyait vraiment, ne savait trop quoi dire ; ils fermaient les yeux, puis les ouvraient, les refermaient et soupiraient. C’est comme si le lac n’existait plus; on aurait dit un tableau, un tableau aux couleurs fragiles, passées, lointaines, comme celles du décor de leur vieux service à thé. Ils rentraient bientôt à la salle à manger et appelaient les enfants pour le dessert. Calmez-vous! c’est promis, nous irons faire un tour après le café; nous prendrons la Ficelle et longerons les quais.

Pasted Graphic

J’ai eu beau lever la tête, me mettre sur la pointe des pieds et fermer les yeux, je suis resté aveugle; je n’ai jamais goûté à leur bonheur, si proche de celui qui animait, un peu plus tôt le dimanche, le visage des fidèles priant et conversant derrière leurs paupières avec Dieu. Et, tandis que leur esprit baignait au large, je demeurais sur la rive, jetant de temps en temps un coup d’oeil au-delà de l’horizon, du côté de ce pays lointain dont je peinais à imaginer la nature et qui semblait, aux yeux de mes aînés, une évidence.
On rejoignait donc, après le café, le bord du lac; on longeait les quais sur des chemins bétonnés, pavés, gazonnés, sautillant sur les obstacles dressés par l’homme pour stabiliser ses rives et l’empêcher de déborder, l’obliger à se contenir en le ligotant comme les pieds d’une chinoise.
Pas tout à fait. Le pont sur la Vuachère, tout à l’est de la ville, nous rapprochait en effet de quelques-unes des reliques d’un autre monde, des grèves orphelines sur lesquelles le Léman va et vient depuis toujours. On ôtait alors nos mocassins au fond desquels on glissait nos soquettes et on avançait en claudiquant aussi loin qu’on le pouvait. Nous nous immobilisons bientôt au large, l’eau à mi-mollet, un peu ivres, avec la fraîcheur qui nous montait à la tête. Lorsque nous revenions sur terre, notre mère nous autorisait à rester pieds nus sur la grève, à nous pencher sur ses laisses, à remuer les restes des trois règnes, bois flottés, galets et coquillages, à choisir les éclats de verre et les morceaux de terre cuite qui rejoindraient notre boîte à trésors avec, dans nos mocassins vernis, un peu de sable et de gravier de la dernière glaciation de Würm. C’est ainsi que j’ai rejoint le lac des premiers arrivants, un lac sans limites assignées, sans bords assurés, un lac frangé, celui que nos ancêtres magdaléniens ont découvert, il y a 10’000 ans du balcon de Jaman ou de Naye, le lac tout entier, avec ses respirations et ses promesses, invitant ceux qui viendraient après eux à le regarder une seconde fois pour la première fois et à dire un peu du ravissement qui les saisit.
Ce qu’ont vu nos ancêtres magdaléniens et que je ne suis pas parvenu à distinguer du cinquième étage des immeubles cossus de la ville, je le distingue avec ravissement aujourd’hui, au détour d’une des nombreuses avenues de la ville qui, par un trou de souris, plongent dans le lac, en haut Jurigoz, l’avenue de Savoie. C’est là qu’il est le plus beau, le plus étrange, c’est là qu’il réitère au mieux ses promesses, lorsqu’il se montre à la va-vite, au milieu de la ville, et qu’il se confond avec le ciel, pas plus gros qu’un timbre-poste.
Je vois alors, dans cette échappée, par-delà la Belle Époque qui veille aux devantures des tabacs et des magasins de souvenirs, non seulement ce qu’il est – ses énigmatiques profondeurs –, mais aussi ce qu’il indique en creux, ce pays, cet autre pays qu’il s’agirait de rejoindre, comme nos ancêtres l’ont fait avant nous, en empruntant des chemins qui se perdraient dans le bleu du ciel, le vert des épicéas et des sapins blancs ; on longerait les ruisseaux et leur lit de molasse, on irait de village en village, d’auberge en auberge, ailleurs et chez soi, renouant avec l’errance qui est la nôtre, entre friches et prés, champs de blé et d’orge qui ondulent comme l’océan.
Je suis descendu ce matin à Vidy, il pleut; je ramasse près de l’embouchure de la Chamberonne quelques morceaux de terre cuite; j’aperçois un genévrier, deux saules et, de ricochet en ricochet, trois ou quatre bouleaux, une poignée d’aulnes: tout est à faire.
Amitiés.
Jean



Si les moyens m’en étaient donnés

Capture d’écran 2016-08-28 à 14.03.05

Si les moyens m’en étaient donnés, je ferais en sorte que les mécanismes qui conduisent à la résilience (au sens où je l’entends) soient enrayés dans le cerveau des élèves qui deviendront des enseignants. Autant dire qu’on trouverait vite des réponses adéquates à la question des devoirs, au régime des peines, à l’organisation du rythme scolaire. Et reviendrait un peu de paix dans les maisons qui en ont tant besoin.

DSC03331

Jean Prod’hom

Rien ne nous distingue d’eux

Capture d’écran 2016-08-28 à 14.02.54

Rien ne nous distingue d’eux, sinon un divorce, un divorce consommé, sans lequel il eût été impossible de nous concilier les bonnes grâces des fantômes et d’en faire nos alliés, de monter sur la lune, de survivre au tonnerre, à la foudre, de réduire nos approximations et d’aménager nos maisons.
Mais aussi – c’est le paradoxe et c’est l’histoire – de concevoir les remèdes qui tout à la fois nous permettent de différer la réconciliation et de recoller quelques-uns des morceaux nés de cette silencieuse déflagration. Pour nous faire patienter.

IMG_4243 (1)

Enfants très à la fois,
hantés dedans, hantés dehors,
enfants presqu’entiers.

Jean Prod’hom


Nuit éclose

Capture d’écran 2016-08-28 à 14.02.32

Pour Véronique, Pierre et David, Sébastien et les autres

Le soleil, midi, l’après-midi aussi, le crépuscule, la nuit, avec à la fin les éclairs, les grondements du tonnerre, la pluie, tout m’a rappelé un long poème, qui dit en substance – dans une langue simple, rugueuse, heurtée par endroits –, cette autre nuit dans laquelle nous vivons et dont nous nous extrayons parfois, avec peine, en marchant dans les bois ou en en allongeant le pas, sur des sentiers toujours plus étroits, éclairés par les seuls restes du jour, jusqu'au seuil d'une seconde nuit, plus dense encore, d'où s’élève une voix claire, adossée au silence, qui nous avertit que rien n'est tout à fait perdu, qu'il existe d’innombrables îles et des clairières, où qu’on aille et d’où qu’on vienne.

Jean Prod’hom

IMG_6521
Photographie | Anne Bichsel

Ecouter le premier venu

Capture d’écran 2016-08-20 à 20.23.25

Ecouter le premier venu
comme un sage précédé d’aucune réputation,
il en faut du courage.

IMG_4207

Jean Prod’hom

L'acharnement des élites

Capture d’écran 2016-08-20 à 20.24.47

L'acharnement des élites à vouloir aligner tous les enfants sur les meilleurs, – au sens où elles l'entendent, c'est-à-dire les leurs –, a permis de reconduire avec l'aide des enseignants leur autorité sur cette institution et de transmettre à leurs propres rejetons – ainsi qu’à ceux de leurs valets – leurs rêves et leurs privilèges.

IMG_4186 (1)

Quelque chose s'est pourtant grippé depuis quelques décennies ; les élites d'autrefois ont perdu de leur autorité en laissant filer leur pouvoir, les élites économiques ont repris le flambeau et, comme on le dit à tout bout de champ, le niveau baisse.
Pour faire taire cette rengaine, il suffirait d’aligner nos cohortes de gamins sur les plus faibles, c’est-à-dire de les affamer plutôt que de les goinfrer ; le niveau ne cesserait de monter, même chez les bien nés.
Ce renversement est pourtant inconcevable aujourd’hui, utopie c’est sûr, il nécessiterait une solide révolution des mentalités : passer d’une pédagogie du couvercle à une pédagogie de l'assiette. Qui impliquerait de tels bouleversements dans l'organisation de nos institutions qu'il est préférable de ne rien espérer, ou de désespérer aussi longtemps que le couvercle de la marmite n’aura pas étouffé, écrasé, asphyxié, mis en purée notre marmaille, et qu’il n'en sortira plus rien.

Jean Prod’hom

Abandonner l’ombre pour la proie

Capture d’écran 2016-08-20 à 20.24.05

Abandonner l’ombre pour la proie, le nom pour le visage et reconnaître dans les tâtonnements de l’élève, sa lassitude, ses joies, ses tourments, ses égarements, un monde qui se lève. En tenant résolument à distance l’empathie nue, si mauvaise conseillère, qui conduit le maître à parasiter le territoire de son élève en lui faisant croire qu’il lui est un peu redevable de ce qui lui arrive.
Si le maître est indispensable, ce n’est pas en ce sens, pas non plus parce qu’il en saurait plus sur le monde, c’est parce que l’élève a besoin que quelqu’un demeure inaccessible en occupant la place de l’autre ; et pour qu’il parvienne à y rester sans faillir, le maître doit prendre conscience, enfin, qu'il est le principal obstacle à l’apprentissage de son protégé, et le rester aussi longtemps que celui-ci n’a pas jeté son dévolu sur d’autres horizons.
L’école n’est pas, d’abord, une machine à transmettre des connaissances, ni un laboratoire à produire des grimaces, des rires et des pleurs, ou une fabrique à mauvais souvenirs dans laquelle l'enfant apprendrait, comme c’est si souvent le cas, à s'endurcir et à faire bande à part, mais un abri où il s’essaie à devenir un parmi les autres dans un monde en partage. La connaissance suit.

IMG_4166

Jean Prod’hom

Les enfants rêvent

Capture d’écran 2016-08-20 à 20.23.37

Les enfants rêvent lorsque les lumières de leurs parents projettent des ombres géantes. Ils s’en éloignent alors, non pas que ceux-ci n’aient pas été à la hauteur de leur tâche, bien au contraire, mais parce qu’ils se sont montrés incapables de revenir sur terre et de les entretenir de ce qu’ils ont dû passer sous silence pour en arriver là.
Au enfants de prendre au sérieux les ombres que leurs parents leur ont laissées, de déchiffrer leur danse ; de leur donner un visage, un nom, et un peu de cette lumière qui projette sur le rivage l’ombre de nos constructions de sable.

IMG_4152 (1)

Jean Prod’hom

Deux jeunes institutrices

Capture d’écran 2016-08-20 à 20.24.43

Deux jeunes institutrices boivent un thé sur la terrasse ensoleillée d’un tea-room du nord-vaudois ; elles évoquent la rentrée – c’était lundi – , se plaignent du peu de maturité de leurs élèves, de l’inefficacité des transports scolaires, de la responsabilité défaillante des parents, de l’aide de la direction qui ne vient pas.

DSC03841 (1)

Elles insistent pourtant sur la beauté d’un métier qu’elles ont choisi, elles ne se sont jamais vues ailleurs. Elles évoquent leurs joies, leurs satisfactions et l’arrivée du nouveau prof de gymnastique. Elles confessent pourtant certaines de leurs difficultés et de leurs craintes, puis se moquent, gentiment, de l’une de leurs collègues qui, disent-elles, n’a vraisemblablement pas changé ses manières de faire depuis qu’elle enseigne. Elles racontent leurs projets, discutent pédagogie, avant d’échanger quelques-unes des idées qu’elles ont décidé de mettre en oeuvre.

- Je vais installer un coin-lecture, comme l’année dernière, au fond de la classe. Il suffit de dérouler un morceau de moquette, pas trop salissante, de placer contre le mur deux mini-matelas, à angle droit, et trois ou quatre coussins, jolis, de couleur, pour le confort. Quelques livres et le tour est joué.
- Tes élèves s’y rendaient souvent ?
- Non, jamais ! Tu sais, avec moi, ils ont toujours quelque chose à faire.

Jean Prod’hom

Heure blanche ce matin

Capture d’écran 2016-08-20 à 20.23.49

Heure blanche ce matin, Cossonay par la fenêtre de la classe 210. En contrebas l’entaille de la Venoge, au-dessus Mont-la-Ville, d’où sort un fil qui se tend à flanc de coteau jusqu’à la Praz ; plus haut la ligne verte du Jura, plus haut encore le ciel bleu. On devine le moulin de Lussery et la Sarraz, et le canal d’Entreroches, creusé dans le calcaire du Mormont par un Fitzcarraldo du XVIIe siècle, Elie du Plessis-Gouret, Breton établi à Delft. Regret. Ce rêve de grandeur, abandonné en 1648, aurait permis enfin de mêler les eaux du Nozon avec celles de la Venoge, et fait de Pompaples le centre de l’Europe, plaçant les ronges-pattes à mi-chemin de Marseille et de Rotterdam.

DSC00080 (1)

Nous avons, du second étage des nouveaux bâtiments scolaires de la commune, une vue qu’aucun collège n’a jamais eue, baies vitrées si larges qu’elles permettent d’embrasser le monde de Genève à Bullet. Pourtant, il n’est pas si simple de détourner de leur tâche les enfants qui nous ont été confiés. Pas étonnant puisqu’on n’a cessé de leur répéter qu’il sont là pour travailler, qu’il est préférable qu’ils ne se laissent pas distraire et qu’ils persévèrent, malgré la peine, qu’ils avancent, avancent encore, Dieu seul sait où. Comment ces gamins pourraient-ils entendre dès lors l’invitation qu’il leur est faite d’aller rêver, nez contre la vitre, aux innombrables villages qui sommeillent ce matin, de répéter leurs noms : Sévery, Grancy, Vullierens et Senarclens, Apples et Ballens ; de buissonner le long du Veyron, et du Toleure, de l’Aubonne et de la Morges ; d’évaluer leur pente et les distances qui séparent les villages, de compter leurs habitants et d’écouter les histoires de leurs ancêtres, de suivre le tracé des deux tortillards et s’étonner.
Il semble que la fenêtre ne soit pas une ouverture, n’autorise pas le passage ; un courageux pourtant, parfois, suit d’un oeil distrait l’agitation d’une mouche qui cherche une issue, s’agitant contre les vitres, sur lesquelles on a collé, il y a quelques jours, des oiseaux noirs, leurres, ombres immobiles chargées d’avertir leurs frères de lumière, de ne pas venir s’écraser contre ces invisibles obstacles et les conchier, perturbant ainsi l’étude de nos gamins.
Rien décidément n’entrera dans cette salle ni n’en sortira, si bien que le château de Vufflens, la Dôle, Pampigny et Montricher, qu’on aperçoit au loin, n’auront pas plus de réalité que des rêves oubliés, et bien moins que les images de ces mêmes villages, de ces mêmes rivières, ces mêmes trains, ces mêmes hommes dans un livre de géographie ou d’histoire.
Pas sûr que l’école soit le meilleur moyen donné à ceux qui y entrent d’en sortir, ce n’est pas nouveau. Mais qui ira au chevet, depuis dedans, de ce qui se voit dehors ?

Jean Prod’hom

Il n’est peut-être pas si idiot de penser

Capture d’écran 2016-08-20 à 20.24.14

Il n’est peut-être pas si idiot de penser que le découpage disciplinaire auquel sont soumis les institutions scolaires constitue une lointaine conséquence de la division du travail, elle-même issue de la sédentarisation de notre espèce. Cette division a permis à certains de faire main basse sur les champs d’activités et, parmi eux, sur les régions de l’encyclopédie, en contrôlant les entrées et les sorties, en traçant des limites et en ménageant des passages, en établissant des langages et en cryptant des sésames. C’est vrai, cette conception a fait ses preuves ; plusieurs fois millénaires, elle ne compte pas ses réussites.

DSC00072

Pourtant, les frontières entre les domaines de la connaissance (comme celles entre les états) tendent à redevenir poreuses ; et les succès dans la recherche dépendent toujours davantage de collaborations, d’échanges, d’emprunts, de mélanges, de greffes, de métissages, de traductions,... amenant l’ensemble des connaissances à redéfinir sans cesse les limites de leur territoire.
On pourrait souhaiter que la formation de nos enfants profite également de cette tendance et ne demeure pas aux mains d’enseignants issus d’une conception révolue de l’encyclopédie : géographie, allemand, histoire, mathématiques, physique..., une conception qui perdure certainement par inertie, mais aussi, et comment ne pas les comprendre, parce que ses dépositaires en tirent aujourd’hui leur gagne-pain.
Imaginons un instant que l’école se mette au diapason et renonce au découpage disciplinaire ; la voici qui serait amenée à réorganiser le temps scolaire, à reformuler le rôle des enseignants et à mobiliser l’enfant dès son entrée en classe, à mille lieues de cette vie de cul-de-plomb assisté qui caractérise l’écolier européen, enfermé dans une double grille, horaire et disciplinaire.
Celui-ci pourrait goûter un instant encore au plein air et aux joies des chasseurs-cueilleurs dans le jardin cadastré et protégé du néolithique dont nous ne sommes pas sortis, en songeant aux gains qu’il pourrait tirer personnellement de l’ensemencement du tout avec le tout, tout en rejoignant la fête mystérieuse à laquelle, qu’il le veuille ou non, il participera activement jusqu’à la fin.
Je rêve naturellement, mais j’ai entendu dire l’autre jour que les Finlandais – dont l’école, je crois, a fait ses preuves depuis plusieurs décennies –  avaient pris le parti de se débarrasser des disciplines. Il faut que je vérifie.

Jean Prod’hom

C’est le 21 août 1989

Capture d’écran 2016-08-14 à 14.36.14

C’est le 21 août 1989, il est 7 heures 30. La salle de classe est encore vide, mais des piles de livres et de cahiers trônent sur le bureau ; avec des agendas, un horaire, un programme, des chartes, des tableaux, des listes, une chaîne téléphonique, les dates des devoirs surveillés, du petit matériel, l’inventaire des tâches, des règlements et l’échelle des sanctions.
Tout devait aller droit lorsque les gamins entreraient ; c’était à moi de plier, si nécessaire, l’imprévisible aux impératifs, de le marier au dispositif, de le courber aux objectifs. Et si, malgré toutes les précautions, un peu de vie trouvait une ouverture, il suffirait de lui faire une petite place, ou de le feindre. L’imprévu s’épuise vite si on prend les mesures nécessaires, surtout qu’il ne fasse pas tache d’huile : fermer les portes et les fenêtres, et lui aménager une niche aux dimensions de la page A4. L’embarcation aurait tôt fait de rejoindre l’invisible chenal que chacun emprunte depuis 1803, de génération en génération.
J’ai voulu très modestement, à mon échelle, remettre sur ses pieds une école qui allait sur la tête, empoisonnée par des idées et des partis pris, une institution constamment sur le qui-vive, devenue timorée, méfiante, frileuse.

DSC04070

Dernière rentrée scolaire demain matin. Sur un post-it, le rappel de quelques rendez-vous pris l’année dernière, et quelques fragiles convictions : les gamins ne sont pas des idiots et l’occasion fait le larron ; l’imprévisible fait partie de notre condition et certains biens sont souvent mal acquis ; la connaissance ne se construit pas brique à brique ; les programmes ne viennent qu’à posteriori souligner l’importance qu’une génération donne à certaines choses et à certains événements ; les nouveautés apparaissent à ceux qui acceptent d’avancer désarmés et parfois déboussolés...
Bien dormir surtout et m’y rendre sur un tapis volant, prendre les vents ascendants et ne pas les détourner de l’essentiel : lire, se repérer, écrire, observer, dire, balayer, raconter, calculer, s’égarer, écouter, rêver passer... Autant de verbes consubstantiels à nos vies. C’est déjà ça.

Jean Prod’hom

Dans les lourds sacs à dos de nos gamins

Capture d’écran 2016-08-14 à 14.37.03

Dans les lourds sacs à dos de nos gamins, des livres, des cahiers, des brochures, des dossiers qui voyagent de l’école à la maison, de la maison à l’école, à l’image des bûches de foyard que leurs grands-parents apportaient autrefois pour nourrir en hiver le poêle qui les réchauffait. Les temps ont changé, un simple parpaing règlerait désormais l’affaire.

DSC04064

Jean Prod’hom

Passer

Capture d’écran 2016-08-14 à 14.36.23

Passer,
une activité
à plein temps.

DSC04050

Jean Prod’hom


On ne s’éloigne guère

Capture d’écran 2016-08-14 à 14.36.56

On ne s’éloigne guère du lieu où l’on a vu le jour.
Où qu’on aille.
Sans quoi on ne passerait pas.

DSC04039

Jean Prod’hom

Le maître se doit de maintenir

Capture d’écran 2016-08-14 à 14.36.49

Le maître se doit de maintenir
ses élèves à distance,
aussi longtemps qu’ils en sont affectés.

(Le maître n’a qu’une seule tâche,
celle de maintenir ses élèves à distance, en jouant petit,
aussi longtemps qu’ils n’ont pas pris la main.)


DSC04029

Jean Prod’hom

Grosse agitation sur la place ovale du marché

Capture d’écran 2016-08-14 à 14.36.44

Grosse agitation sur la place ovale du marché. A l'est une fontaine plongée dans l’obscurité, sur la margelle de laquelle une poignée d’enfants s’affairent dans un impeccable désordre. A l’ouest, quelques tables rondes sous un lampadaire, autour desquelles des adultes boivent un coup ; l’humeur est à la complaisance, c’est qu’ils font tourner le monde, cycles et épicycles. L’opération ne se fait pas sans anathème, chacun expose ses rancunes, ses motifs. Peu de mouvements dans la composition des groupes, ici un traitre qui l'ignore encore, là un indépendant en disgrâce. Globalement le monde va mal, Il faudra compter avec la couche d'ozone et la précession des équinoxes, serrer les dents, ça aide, serrer les rangs, ça réchauffe. Ils se congratulent tandis que les enfants, infatigables, continuent leurs travaux d’irrigation.

DSC03985 (1)

Jean Prod’hom

Oscillant entre la déception

Capture d’écran 2016-08-14 à 14.36.37

Oscillant entre la déception
de n'avoir rien retenu
et le détachement, l’insouciance, la légèreté.

DSC03951 (1)

Jean Prod’hom

Les longues chaînes de raisons

Capture d’écran 2016-08-07 à 14.27.29

Les longues chaînes de raisons invoquées par certains penseurs pourraient identiquement, moyennant un minuscule déplacement d’angle, une légère inclinaison, un incident, un lapsus, les conduire sans qu’ils s’en avisent à une conclusion imprévue, celle qu’ils souhaitaient exclure. Si bien que, à chacune de leurs apparitions, on espère, sans le dire à personne, qu’un coup de théâtre les conduira, à la fin, à renoncer à l’une comme à l’autre, et à revenir en-deçà du carrefour où ils se sont engagés et à demi fourvoyés. Les obligeant ainsi, la fois suivante, à demeurer en amont de tout parti pris, de toute décision.

Jean Prod’hom

Pasted Graphic

Attendre

Capture d’écran 2016-08-07 à 14.27.44

Attendre aussi longtemps que le désir nous tient éveillé,
mais en gardant la force, le moment venu,
de tourner les talons.

palud_talon

Jean Prod’hom

Un incendie se déclare

Capture d’écran 2016-08-07 à 14.27.57

Un incendie se déclare chez Jean-Rémy. Les pompiers arrivent sirène au vent, ni une ni deux, plongent une pompe à eau dans sa piscine. Jean-Rémy tape alors sur l’épaule du capitaine :
- L’eau est déjà à 23 degrés, je préférerais ne pas...

Jean Prod’hom

C’est une grosse entreprise

Capture d’écran 2016-08-07 à 14.27.12

C’est une grosse entreprise – la troisième de France –, fondée il y a quarante-trois ans, qu’une vingtaine d'employés venus des quatre coins du monde font fructifier aujourd’hui. Difficile d'évaluer le nombre d’arbres que le mistral malmène depuis ce matin, plusieurs dizaines de milliers certainement, dans une boucle du Lez, sous Colonzelle, tout jeunes encore, qui seront mis en vente l'année prochaine : abricotiers, pommiers, amandiers, pêchers, pruniers...

DSC03909


L’enjambeur a sarclé les allées de cet immense verger, on voit dessous la terre encore humide, nul besoin de puiser dans les basses eaux du Lez. Se détachent des interminables rangées de pruniers deux silhouettes, qui se penchent et se redressent, on fait la causette. La femme est roumaine, établie depuis dix-huit ans à Valréas. L’homme est venu avec sa femme de Corrèze, il a une trentaine d'années et le sourire des rastas ; ils rejoindront fin octobre les vignes de la Gironde. Mais aujourd’hui, il font équipe, entent des greffons d’abricotiers sur des porte-greffe de pruniers ; ils se tiennent par la barbichette, car si la Roumaine est payée à l’heure, le Corrézien est rétribué à la pièce, si bien qu’aucun des deux ne se prélassera longtemps sur la couverture qu’il ont déroulée sous les saules qui bordent la rivière, à l’abri du mistral.
Voilà comment l’équipe fonctionne : la femme tend à son collègue une tige d’abricotier piquée d'une douzaine d'yeux. Celui-ci en décapsule un avec le tranchant de son greffoir – on appelle ça un écusson – qu'il garde avec précaution entre le pouce et l’index de sa main gauche tandis que, de l’autre, il incise en T le porte-greffe, près de sa base. En usant d’une lame émoussée située à l’autre extrémité de son outil, il écarte l'écorce et y glisse le greffon, comme on glisserait une lettre dans une enveloppe. Cette opération de chirurgie aura duré une quinzaine de secondes et lui rapportera dix-sept centimes.
Il reprend ensuite le rameau d'abricotier déposé dans un seau et recommence l’opération tandis que son équipière termine ce qu’il a commencé, ligature le greffon au porte-greffe au moyen d’un plastique qu'elle enroule quatre ou cinq fois – c’est l’emballage – et dont elle ne laisse dépasser que l’oeil. Ils ont commencé ce matin à 8 heures, ils termineront ce soir à 17, avec une heure de pause à midi, pas plus, étendus sur la couverture au bord du Lez, à l’abri du mistral.
Demain et les jours suivants, le Corrézien fera équipe avec sa femme, ils toucheront alors 25 centimes ; mais ils ne manqueront pas d’échanger leur place pour durer, car emballer et greffer sont à l’origine de maux bien différents. Quant à la Roumaine elle reviendra au bord du Lez en avril prochain, taillera les jeunes arbres fruitiers juste au-dessus du greffon, si bien que vous n’y verrez que du feu lorsqu’aux branches de votre prunier flamboieront des abricots.

Jean Prod’hom

Les réponses ont une sérieuse vertu

Capture d’écran 2016-08-07 à 14.27.52

Les réponses ont une vertu, elles tranquillisent, comme le font les formules incantatoires et les rituels domestiques. Mais en enfermant dans un énoncé définitif ce que la question avait élargi, elles repoussent les acteurs de la vérité loin du jeu des lumières et des ombres, propres et portées. Il va leur falloir nager à contre-courant pour s’étonner à nouveau.

DSC03899

Jean Prod’hom

Aussi multiples et distants de nous-mêmes

Capture d’écran 2016-08-07 à 14.28.04

Aussi multiples et distants de nous-mêmes
que les innombrables sources d'une même rivière,
solidaires.

DSC03837

Jean Prod’hom

Ils avaient moins de vingt-cinq ans

Capture d’écran 2016-08-07 à 14.27.18

Ils avaient moins de vingt-cinq ans lorsqu’ils sont arrivés dans le Vaucluse ; en bateau et en train, puis en bus une valise à la main. Ils ont travaillé plus de quarante ans dans les vignes : taille, effeuille, vendange. A la retraite aujourd'hui sur la terrasse du Pagnol, ils ont les cheveux gris, pas de château, pas de famille ; ils boivent un coup, le visage usé et brûlé par le soleil.

DSC03838

Ils sont trois et ne se ressemblent pas, suivent du regard sans vraiment les voir les amateurs de la brocante de Valréas. Qui ont eux la peau rose, claironnent casquette ou chapeau de carnaval sur leur crâne rond, chemise à fleurs ou Lacoste sur le dos, cadres ou bobos.
Il a fait sec à Casablanca, 40 degrés à Fez, ils ne s’y rendront donc pas cette année. Ce matin, le mistral a laissé la place au vent d’ouest qu’ils ont à la bonne, café serré et verre d'eau, on se roule une cigarette.
On a parlé à l’ombre d’un platane, oh pas beaucoup ! et sans faire de bruit, surtout ne déranger personne ; on s’est souri en un sabir nourri d'arabe et de français du Jorat, avec la curieuse impression d’être du coin – l’un d’eux a travaillé autrefois dans le Jura –, satisfaits des maigres liens qui nous ont fait tenir côte à côte, loin des coups fourrés que se jouaient vendeurs et clients autour de ce foutripi descendu des combles ou remonté des caves qui trônera bientôt sur le buffet du salon.

Jean Prod’hom

La vieille a conçu sa vie à l’image du Titanic

Capture d’écran 2016-07-29 à 15.27.27

La vieille a longtemps conçu sa vie à l’image du Titanic, dûment avertie qu’elle n’échapperait pas aux coups du sort qui menacent toute traversée, mais convaincue également de l’indépendance des différents éléments qui constituent, en droit, chacune de nos existences, à l'image des caissons salvateurs imaginés par les architectes du paquebot.
Pourtant, lorsque les circonstances ont outrepassé les limites réglées par le plan de construction et qu’un pépin a entamé sa vie sur toute sa longueur et sur toute sa largeur, c’est l’ensemble qui a pris l’eau et touché le fond. Si bien qu’elle n’a pas refait surface en écopant, – c’eût été impossible, dit-elle en souriant –, mais en regardant le ciel et en flottant comme un nouveau-né.


DSC03784

Jean Prod’hom

Ce qu'on leur doit

Capture d’écran 2016-07-29 à 15.27.16

Pour Françoise et Edouard

Ce qu'on leur doit et qu'on ne dit pas,
parce qu'on ne sait pas trop bien quoi dire
et qu'on l’écrit.

DSC03826

Jean Prod’hom

Aucun signe avant-coureur

Capture d’écran 2016-07-29 à 15.27.05

Aucun signe avant-coureur, une rafale seulement, lointaine, à laquelle personne n’avait cru ; puis des coups de feu auxquels il leur avait bien fallu croire, des coups de feu et des cris, des courses en tous sens, l'effroi, des cris encore puis le silence. Qui dilata, s’étendit comme l'encre sur le buvard, lequel se troua puis lâcha. Ils se sont alors tous retrouvés nus sur le tarmac, dans un monde qui ressemblait bien à celui qu’ils avaient sous les yeux, mais où quelque chose s’était mis à clocher, s'était déplacé, ne collait plus : quelque chose avait cédé. On entendit pourtant des pleurs, étouffés. La dignité voulut que ces sanglots ne recouvrent pas le silence mais le prolongent indéfiniment.

DSC03752 (2)

Jean Prod’hom

Les disparus peuplaient le monde vide

Capture d’écran 2016-07-29 à 15.26.57

Les disparus peuplaient le monde vide,
les vieux ceps disparaissaient sous la mauvaise herbe,
les champs rétrécissaient comme des peaux de chagrin.

DSC03700 (1)

Jean Prod’hom


«Ici s’élevait le château des Barons de Montauban, premiers Seigneurs connus de Montbrison. En 1284, Dame Randonne cède par testament ses terres à son fils Roncelin de Lunel, dont les droits sur le château de Montbrison. Plus tard, le Prince d’Orange y paraîtra en maître sous la suzeraineté des Dauphins du Viennois. Les princes d’Orange tenaient leurs droits à Montbrison depuis le mariage de Raymond IV des Baux avec Anne de Viennois, fille du Dauphin Jean. Ils en seront Seigneurs jusqu’à la révolution.
La première construction apparaît vers la fin du XIème, début XIIème siècle. La ceinture et les autres bastions datent du XIIIème siècle ou du XIVème siècle. Une muraille s’élevait au Sud-Est du plateau et servait de défense au château-fort. A l’est une muraille s’élève, percée d’une porte monumentale. Environ 300 personnes vivaient au Vialle, où une chapelle était encore en service jusqu’au XVIIème siècle. Vers 1359 Guillaume des Baux, frère du Prince d’Orange fut emprisonné dans le donjon suite à un conflit entre le Dauphin et le Prince.
Une légende orale venue du fond des temps raconte que le château, du haut de son pic rocheux était imprenable. Les Seigneurs environnants se livraient alors de nombreuses batailles pour agrandir leurs domaines, et seul Montbrison résistait. Un chevalier plus astucieux que les autres eut l’idée d’attacher des bougies allumées aux cornes de centaines de chèvres lâchées une nuit dans la Lance. Très intriguée par ces flammes dansantes, la garnison au grand complet se rassembla au sommet du donjon abandonnant toute surveillance. Les remparts ainsi désertés par les curieux furent bientôt franchis par les rusés assaillants, et la porte ouverte aux troupes assiégeantes cachées non loin dans les fourrés.»
(D’après A. Le Roux J.C Mège, Petit guide de Montbrison-sur-Lez, 1996)

La campagne publicitaire lancée par Luchino Visconti

Capture d’écran 2016-07-29 à 15.26.50

La campagne publicitaire lancée par Luchino Visconti en 1971 déploie tous ses effets aujourd’hui, de Venise à Marseille, de Brest à Barcelone, de Paris à Grignan. Mais si le vieux compositeur Gustav von Aschenbach n’a pas pris une ride, le jeune Tadzio a bien vieilli.

DSC03676

L’oto-rhino l’avait convaincu qu’il était inutile d’entreprendre quoi que ce soit, le bacille de Koch contre lequel certains de ses ancêtres n’avaient pu rivaliser autrefois était à l’origine de sa rhinite chronique et de l’encombrement de ses bronches. La nouvelle le combla, car si elle lui signifiait clairement le mal qui aurait raison bientôt de lui, elle le rapprochait d’un coup de Thomas Mann, d’Hans Castorp et de tous ces grabataires de la première moitié du siècle passé qui ont oeuvré sur les balcons de Davos pour la postérité.

DSC03686

Jean Prod’hom


Après avoir attelé les mots aux choses

Capture d’écran 2016-07-29 à 15.26.44

Après avoir attelé les mots aux choses – et y être parvenu dans une certaine mesure –, l'homme s'étonne du silence des secondes qui lui témoignent, lorsqu’elles daignent le faire, méfiance plutôt que sympathie. Il décide alors de se charger lui-même de l’ensemble des questions qui demeurent sans réponse en faisant bande à part : il légifère, conçoit, calcule, aménage, transforme, construit.

DSC03665

Certains d’entre les hommes, sages peut-être – en ce sens qu’ils se sont mal départis d’un doute sur la nature de l'attelage –, déposent parfois les livres qui les ont conduits là, écartent les rideaux, ouvrent la fenêtre, repoussent les volets qu'ils ont clos autrefois pour que leur esprit ne s’égare pas au-delà de la chandelle qui vacille sur leurs travaux. Ils découvrent alors que les alentours qui semblaient se taire parlent d’autres langues sans repousser la leur, et qu’il existe d’autres attelages. Ils tendent l'oreille, les yeux, la main, et tout ce qu'ils ont appris se mêle soudain à ce qui déborde autour d’eux, dans un instant à pente nulle. Sages pourtant, ils ne perdent pas de vue qu’il ne s’agit là que d’une brève accalmie avant qu’ils ouvrent de nouveaux chantiers, avec le concours d’inévitables ruses, d’habiles leviers et de tout ce qui est susceptible d’offrir un sursis à une aventure qui boîte et qui nous invite à parler au moins deux langues dans notre propre langue.

Jean Prod’hom


Saint-Bonnet-le-Courroux

Capture d’écran 2016-07-29 à 15.27.36

Saint-Bonnet-le-Courroux, haute maison aux murs épais, volets clos, soleil d’août ; des verres tintent sous le tilleul. J’emprunte certains des innombrables chemins qui m’ont conduit là, besogneux, à l’intérieur d’une couronne indécise qui circonscrit l’instant où ils se perdent, creusant au passage un espace dans lequel quelque chose se détache, bombe le torse, cherche sa syntaxe, ses différents plans, sa vitesse.

DSC03620

C’était à Saint-Bonnet-le-Courroux, qui est une île à côté des îles, avec tout autour des collines sans personne, des bouts de chemins qui écument. L’itinéraire que j’ai suivi et qui aurait pu m’éclairer s’est évanoui. Je suis dedans, forclos ; impossible d’en sortir, de faire marche arrière ; le vent a soufflé, les chemins de poussière ont effacé les traces. On devine pourtant que les choses gardent quelque chose du matériau dont elles sont faites et on imagine, rêveur, sur le vieux plan de la place du marché, les annotations qu’ont déposées les passants d’autrefois. Il est plus facile d’entrer dans la ville que d’en sortir, je le sais d’expérience.

Jean Prod’hom


DSC03628

DSC03632